«—Était-ce vrai? interrompit Valentine, qui écoutait, la face livide, mais les yeux secs.
«—Non, répliqua Germain, ce n'était pas encore vrai; mais je le crus, car les yeux de mon maître étaient sans regard et ma main, que j'approchai de ses lèvres, ne sentit que du froid.
«Le colonel s'approcha de moi et me dit:
«—Germain, vous savez qu'il y avait entre mon malheureux ami et moi autre chose que de l'affection. Nous poursuivions en commun l'accomplissement d'une tâche qui a occupé son existence tout entière.
«C'était vrai, je le savais ou du moins monsieur Remy m'avait donné à entendre que le colonel Bozzo avait sa plus intime confiance, et qu'en cas de malheur, car M. d'Arx avait la pensée d'un malheur, c'était au colonel Bozzo que je devrais m'adresser en première ligne.
«Je savais aussi que le secrétaire de mon maître était plein de papiers ayant rapport à cette œuvre mystérieuse que je croyais commune entre lui et le colonel.
«La responsabilité qui pesait sur moi en ce moment terrible m'écrasait. Peut-être ne savais-je pas bien ce que je faisais, car le chagrin me rendait fou. Toujours est-il que j'allai vers l'endroit où M. d'Arx mettait la clef de son secrétaire, et je revenais déjà vers le colonel pour la lui donner, lorsque la comtesse Corona, qui était penchée sur mon cher maître, s'écria par trois fois:
«—Non, non, non! Remy d'Arx n'est pas mort!
«Le colonel Bozzo, à ce moment même, tendait la main pour prendre la clef du secrétaire.
«Je ne sais quel instinct me retint de la lui donner, et je masquai mon refus en m'élançant tout joyeux vers le lit.