«Quand je revins dans la chambre, je trouvai mon maître fort agité. Il me demanda si l'on avait parlé de Mlle de Villanove, et sur ma réponse négative il m'ordonna de faire porter immédiatement chez un pharmacien qu'il me désigna la potion du Dr Samuel.
«Mais je n'étais pas encore à la porte, qu'il me rappelait, disant:
«—C'est folie, ma tête s'égare. Si l'on trouvait là-dedans ce que je crois, ce serait une arme, c'est-à-dire une tentation, c'est-à-dire un danger pour elle. Verse la potion dans les cendres, brise la fiole, je ne veux pas qu'elle ait d'arme, je ne veux pas qu'elle ait de tentation!
«Il fallut obéir, car sa voix était impérieuse et son regard commandait.
«Il allait reprendre son travail lorsqu'on sonna de nouveau.
«Cette fois, c'était la justice, un monsieur Perrin-Champein, qui depuis a remplacé mon maître comme juge d'instruction. Il arrivait, assisté de son greffier; il fut reçu, mais monsieur Remy avait reposé sa tête sur l'oreiller et s'était retourné du côté de la muraille.
«M. Perrin-Champein l'interrogea longuement, quoiqu'il n'obtînt aucune réponse à ses demandes concernant l'événement de la rue d'Anjou, auxquelles il mêlait des observations ayant trait au meurtre de la rue de l'Oratoire et à la propre conduite de M. d'Arx comme magistrat instructeur.
«Le greffier ricanait dans sa cravate et murmurait de temps en temps:
«—Le plus souvent qu'il répondra!
«—Monsieur et cher collègue, dit le Perrin-Champein en levant le siège, vous me voyez désolé du triste état où je vous laisse; une parole est bientôt dite, et la bonne volonté vous manque peut-être un peu; néanmoins j'aime à croire que votre silence, qui est en soi fort extraordinaire, n'indique pas que vous ayez rien fait contre votre conscience de juge.