On voyait bien que l'agonisant avait dépensé là tout ce qui lui restait d'énergie.
Au-dessous de la signature, le texte continuait, mais devenait plus confus, parce que la main avait graduellement faibli.
Valentine put lire néanmoins à travers ses larmes:
«Ma sœur, ma Valentine, laisse-moi te garder ce nom que j'ai tant aimé.
«Mais laisse-moi te dire aussi tout de suite que le regard de notre mère peut descendre au fond de mon cœur, guéri de sa blessure.
«Je t'aime comme il m'est permis de t'aimer sous l'œil de Dieu qui m'appelle, je t'aime comme l'enfant chérie dont je contemplais jadis le berceau et dont je surveillais le souriant sommeil.
«Nous avons été bien malheureux, ma sœur, j'espère que ma mort achèvera de payer notre dette de misère.
«Il en sera ainsi, Valentine, si vous suivez mon conseil, si vous exaucez ma prière. Que ma fin douloureuse vous serve au moins d'exemple; n'essayez pas de combattre ces hommes qui possèdent un pouvoir surnaturel.
«Ce que je n'ai pu faire, moi qui étais armé de la loi comme un soldat porte l'épée, moi que ma fonction semblait rendre invulnérable, moi qui passais pour avoir la faveur des puissants de ce monde, il y aurait folie de votre part à le tenter.
«Folie inutile, coupable, presque suicide. Vous n'êtes qu'une pauvre enfant isolée, tous ceux qui vous entourent, tous ceux qui vous protègent en apparence ou du moins presque tous sont affiliés à la ténébreuse corporation que j'ai voulu vaincre et qui m'a tué.