—À la niche, dit-il, vieux Rodrigue! allez coucher ou je tape!
Comme il se retournait en ce moment, il vit les deux charbons tout auprès de lui et sentit le vent d'une haleine fétide.
—Crénom! s'écria-t-il en reculant d'un pas, est-ce que M. Daniel aurait faim, lui aussi?
Dans sa frayeur irréfléchie, il brandit le fragment de balancier, qui tournoya et vint tomber sur la tête du lion.
Le lion s'affaissa en poussant un rauquement plaintif et les deux charbons ne brillèrent plus.
—Nom d'un nom! fit Similor, la bourgeoise ne va pas être contente; mais on n'aura pas besoin de lui raconter cette histoire-là en détail.
—C'est égal, ajouta-t-il en se redressant dans toute l'enfantine naïveté de son orgueil, on n'en trouverait pas beaucoup, depuis l'Hercule de l'Antiquité, pour abattre un lion furieux avec un bout de bois et d'un seul coup!
Il marcha en tâtonnant vers le coin où se faisait la cuisine, car la faim le talonnait. Le fourneau de fonte était froid et sur la planche où Échalot mettait d'ordinaire ses pauvres provisions, il n'y avait pas même une croûte de pain sec.
—Est-ce qu'il se dérange, ce gredin-là? pensa Similor. Où donc peut-il être allé avec le môme? Quand le diable y serait, il va revenir coucher, toujours? Qui dort dîne; en l'attendant, je vais tâcher de faire un petit somme!
Il traversa la baraque dans toute sa longueur pour gagner l'endroit où était la paille du lion.