M. Baruque, cependant, n'était pas fâché d'être en lumière; il gardait cet air impassible qui va si bien aux petits hommes grisonnants, pourvus d'une voix de basse-taille.
Similor, ici, était injuste comme tous les envieux. M. Baruque ne resta point au-dessous du rôle brillant qui lui était confié par sa bonne chance; il raconta couramment et dans tous ses détails l'histoire du premier meurtre: le meurtre accompli au numéro 6 de la rue de l'Oratoire, aux Champs-Elysées.
Son récit n'aurait point satisfait nos lecteurs, qui connaissent d'avance l'envers de cette sanglante comédie, mais il était positivement exact au point de vue de ce que les journaux avaient porté à la connaissance du public.
Dans la science profonde de leurs combinaisons, les Habits Noirs écrivaient l'histoire en même temps qu'ils la faisaient.
Ils ne se contentaient pas de jouer leur drame: ils se chargeaient en outre d'en rendre compte au public.
De ce récit, composé sur des apparences habilement préparées et d'après les pièces d'une instruction dont, seul au monde, le malheureux Remy d'Arx aurait pu reconnaître le côté mensonger, une brutale évidence se dégageait, sautant aux yeux de chacun.
Quand M. Baruque termina en mentionnant l'ordonnance de non-lieu délivrée par le feu juge et la mise en liberté de Maurice Pagès, il y eut des murmures dans l'auditoire.
—C'était trop bête, aussi! dit Mlle Colombe en cassant un peu les reins de sa petite sœur.
Celle-ci demanda:
—À qui donnera-t-on les diamants qui étaient dans la canne à pomme d'ivoire?