—C'est toi, Amédée? dit Échalot avec un soupir de soulagement, tu peux te vanter de m'avoir fait peur.
Similor avança de quelques pas et croisa ses bras sur sa poitrine.
—Quelqu'un qui n'a pas la conscience tranquille, dit-il, parlant un peu au hasard, mais de sa voix la plus emphatique, est toujours facile comme ça à avoir peur. Qu'as-tu fait du petit confié à tes soins?
—On va t'expliquer ça, répondit Échalot, il s'est passé des choses...
Il s'arrêta tout à coup et reprit:
—Au fait, ces choses-là, ça ne m'est pas permis de te les communiquer. Tout ce que je peux te dire, c'est que notre enfant est en lieu sûr, bien nourri, bien soigné et plus heureux qu'à la baraque, entre les mains d'une personne de l'autre sexe, habituée à l'éducation du jeune âge.
Similor le laissait parler sans l'interrompre, parce qu'il faisait appel à toute sa rouerie, se demandant s'il fallait essayer des négociations ou entamer la bataille tout de suite.
Il était assez brave, nous l'avons dit, et il avait grande idée de ses talents comme boxeur français.
Mais d'un autre côté, il savait qu'Échalot n'était point un adversaire à dédaigner, malgré son apparence timide.
—Est-on des frères ou n'en est-on pas? demanda-t-il brusquement. J'ai vu le temps où l'on partageait en deux le moindre petit morceau de pain, et pourtant tu as présentement un bon dîner dans le ventre, tandis que moi je suis à jeun depuis hier soir.