Valentine reprit:

—Il faut trouver l'homme. Choisis bien. Tu es notre vraie mère, et je trouve tout simple que tu meures avec nous.

Maman Léo prit la main, qui pendait hors du lit, et l'appuya contre ses lèvres.

—C'est vrai, murmura-t-elle, je suis ta mère. J'ai prié Dieu, qui m'a exaucée; ma tendresse pour toi est la même que ma tendresse pour lui... mais, je t'en prie, parle-moi... explique-moi.

Valentine eut un sourire navré.

—Demain, dit-elle, j'attendrai dans la voiture à la porte de la prison, et puis nous ne nous quitterons plus tous les trois. Voilà tout ce que je sais, le reste est dans la main de Dieu... Va-t'en, trouve l'homme, et à demain!

C'était en sortant de cette entrevue que maman Léo était rentrée dans la baraque. L'homme était trouvé, car la dompteuse avait songé à Échalot tout de suite.

Elle arrivait avec le trouble poignant que les dernières paroles de Valentine avaient fait naître en elle. Elle ne s'occupait point de la question de savoir si Échalot accepterait, elle était tout entière au travail impossible de sa pensée qui cherchait une lueur au milieu de cette profonde nuit.

Elle n'avait pas même l'idée de fournir une explication quelconque, elle allait son chemin, fuyant le trouble de ses souvenirs, s'accrochant à toute espérance qui essayait de naître.

—Oui, oui, reprit-elle sans remarquer le désarroi croissant du pauvre garçon qui l'écoutait; pour armé, il sera armé, j'en réponds, et si l'on se tape, saquédié! j'en veux deux ou trois pour ma part.