—Garçon, dit-elle enfin, c'est peut-être bien la dernière fois que je rirai. Je ne peux pas te répondre au juste, vois-tu, parce qu'il y a un fossé à sauter qui est bien profond et bien large. On pourrait rester dedans.

—Et moi, commença Échalot d'un ton de révolte, je serais à l'abri!...

—La paix, l'enflé! dit la veuve, qui se redressa, le bon Dieu est bon et c'est mon premier mot qui est le vrai; il n'y a pas de danger.

—Seulement, ajouta-t-elle en se levant, prends cet argent-là.

Elle lui mit entre les mains tout le paquet de billets de banque.

—Demain, de grand matin, continua-t-elle, tu porteras cela chez la personne qui garde ton petit Saladin, ou bien, si tu n'as pas confiance entière dans cette personne, tu feras un trou quelque part et tu y cacheras le magot.

—Mais..., voulut objecter le pauvre diable, qui se prit à trembler, qu'y a-t-il donc, patronne?

—La paix! interrompit encore maman Léo; tu me rendras la chose quand je te la redemanderai; mais écoute bien, bonhomme, si je ne te la redemande pas avant huit jours d'ici, elle est à toi, je te fais mon héritier.

Elle ferma la bouche d'Échalot, qui voulait répondre, en ajoutant d'un ton brusque et impérieux:

—Tu as entendu ma dernière volonté, ma vieille, et j'espère que tu la respecteras. C'est mon testament... Maintenant, je vas me coucher; à te revoir, demain matin, et bonne nuit!