—La comtesse a ses affaires en ville, répliqua sèchement Portai-Girard, occupons-nous des nôtres. Il n'est plus temps, comme on dit, de reculer pour mieux sauter. Parlons bas et disons juste ce qu'il faut: le vieux doit mourir cette nuit. Si bas qu'il soit, pouvons-nous, oui ou non, compter qu'il mourra de sa belle-mort?
Ceci s'adressait à Samuel. M. de Saint-Louis se tut. Samuel répondit après un silence.
—Je l'ai vu ce soir; s'il s'agissait de tout autre que lui, je dirais: Nous ne le retrouverons pas vivant. Dans l'état où il est, la dernière crise est une suffocation; les bronches se convulsionnent, le souffle manque; c'est très pénible à voir, et quand cet état se prolonge, il y a des médecins qui administrent ceci ou cela, pour hâter la fin. C'est tout bonnement de la miséricorde.
—Tout bonnement! fit M. de Saint-Louis.
—Mais, ajouta Portai, il ne veut prendre aucune potion de votre main.
—On donne à ces médicaments, poursuivit Samuel, un nom vague: on les appelle des antispasmodiques. Le moindre obstacle opposé à la respiration atteindrait le même résultat, et bien plus rapidement. Il suffirait, par exemple, d'une mousseline interposée entre la bouche du malade et l'air libre pour le délivrer de ses souffrances...
Ici, le docteur Samuel hésita.
—Achevez, dit M. de Saint-Louis en tâchant d'assurer sa voix.
—J'achèverai, en effet répliqua Samuel, parce que mon idée est philanthropique, sans danger aucun, ne devant pas laisser l'ombre de trace et d'une exécution très facile. Nous connaissons exactement le scénario de la dernière tragédie imaginée par le colonel; nous savons que la nuit doit se faire au dénouement; eh bien! au moment où la nuit se fera, que quelqu'un se charge seulement de rejeter la couverture du lit jusque sur l'oreiller et de l'y maintenir quelques secondes, cela suffira, j'en réponds.
—Mais qui se chargera?... commença M. de Saint-Louis.