—Ah! fit Mme Samayoux étonnée elle-même du mouvement de défiance qui la prenait.
—Il a semblé que c'était de la manne dans le désert, poursuivit M. Constant; tous ceux qui étaient là avaient saisi maintes fois votre nom sur les lèvres de la chère enfant. On savait en outre de quelle affection vous entourez le lieutenant Maurice Pagès. Séance tenante, on m'a dépêché sur vos traces, qui n'étaient pas des plus aisées à trouver, soit dit sans reproche; mais enfin je vous ai rencontrée, vous voilà suffisamment renseignée sur ce qui se passe là-bas: voulez-vous être l'auxiliaire d'une noble et malheureuse famille qui cherche à sauver son enfant?
La veuve fut quelque temps avant de répondre. Elle songeait.
—Verrai-je Valentine sans témoin? demanda-t-elle enfin.
—Ah! bonne dame, répliqua M. Constant avec effusion, vous ne feriez pas des questions pareilles si vous connaissiez tout ce monde-là! Venez d'abord. Si quelque chose vous chiffonne, exigez des explications sans vous gêner, on vous les donnera. Exigez un tête-à-tête avec la demoiselle, ils s'en iront tous comme des enfants qu'on renvoie. Mais venez, parce que, vous concevez, je ne suis pas le maître, et la famille seule peut vous dire ce que vous aurez à faire quand on vous enverra auprès du lieutenant.
—Je verrais Maurice! s'écria la veuve, dont les deux mains s'appuyèrent d'elles-mêmes contre son cœur.
—Ça va de soi, puisque vous serez notre intermédiaire. Vous demanderez vous-même le laissez-passer, c'est la règle, mais on fera le nécessaire pour que vous n'ayez pas de refus.
Mme Samayoux s'était levée, mais elle jeta un regard hésitant sur le sans-façon excentrique de sa toilette.
—Que cela ne vous arrête pas! dit M. Constant.
La veuve se redressa de toute sa hauteur.