Que dire des récompenses dont furent gorgés les acolytes du cardinal? Tous ces bandits, tous ces assassins, tous ces chefs de bande devinrent capitaines ou colonels. On les combla de cadeaux et de pensions. On leur distribua des terres. Tous obtinrent des décorations. La reconnaissance royale s'étendit jusque sur les officiers turcs et russes qui reçurent de grands présents. Quant aux Anglais, ils obtinrent ce qu'ils demandèrent. La reine Marie-Caroline passa au cou de son amie Emma son portrait en miniature suspendu à un collier de diamants dont elle lui fit lire l'exergue: Œterna gratitudine. Elle lui donna encore deux voitures de gala et des diamants pour une valeur de 150,000 guinées. Tous les capitaines anglais reçurent des tabatières, des bagues et des montres enrichies de diamants. Towbridge, le héros d'Ischia, fut nommé baron, et Nelson, le nouveau duc de Bronte, reçut une épée, dont la garde en or massif disparaissait sous les diamants. C'était l'épée remise par Louis XIV à Philippe V lors de son départ pour l'Espagne. Elle aurait dû être sacrée pour un prince de la maison de Bourbon: mais ne fallait-il pas payer le sang versé?
Le châtiment n'était pas éloigné. Quand on apprit les horreurs commises par les Sanfédistes, et les épouvantables vengeances de la Junte royale, ce fut par toute l'Europe comme un cri d'indignation. En France Aréna et Briot dénonceront ces attentats à la tribune des Cinq Cents. En Angleterre, malgré la popularité de Nelson, malgré les services éminents qu'il avait rendus à son pays, on ne put oublier, on n'oublia pas qu'il avait sali le drapeau anglais en violant une capitulation pour plaire à une courtisane royale. Fox et Sheridan écrasèrent de leurs invectives «ce roi insensé et l'amiral anglais qui s'était institué son exécuteur». Leur arrêt restera celui de l'histoire. Rien ne peut justifier ni Nelson, ni ceux qui le poussèrent à cette odieuse réaction; et comme, tôt ou tard, sont punis tous les crimes, n'est-il pas vrai que la justice divine a puni les persécuteurs, et que le petit-fils, et arrière-enfant, dépouillés de leur royaume, exilés, errant de ville en ville, expient aujourd'hui les crimes commis jadis par Ferdinand et Marie-Caroline?
TABLE DES MATIÈRES
CHAPITRE PREMIER
FONDATION DE LA RÉPUBLIQUE CISALPINE
La domination autrichienne dans le Milanais, [1]. — Le parti national italien, [3]. — Fuite de l'archiduc Ferdinand, [4]. — Entrée des Français à Milan, [5]. — Organisation d'un gouvernement provisoire, [7]. — Les premières déceptions, [8]. — Les extractions et les réquisitions, [9]. — Insurrection de Pavie, [13]. — Répression de l'émeute, [16]. — Brutalités et pillages, [18]. — La guerre aux fournisseurs, [21]. — Bonaparte à Mombello, [23]. — Les modérés et les exaltés, [26]. — Le journalisme et le théâtre, [30]. — Le Ballet du Pape, [35]. — Les fêtes patriotiques, [37]. — Les derniers partisans de l'Autriche, [40]. — Bonaparte se prononce en faveur des modérés, [41]. — Les théoriciens politiques, [43]. — Création de la République Cisalpine, [45]. — Formation territoriale, [47]. — Annexion de la Valteline, [49]. — Prospérité apparente, [51].
CHAPITRE II
LA RÉPUBLIQUE LIGURIENNE
Gênes et la décadence de l'aristocratie, [55]. — Politique de neutralité désarmée, [58]. — Violations de territoire, [59]. — Affaire de la Modeste, [60]. — Mission de Bonaparte à Gênes en [179]4, [62]. — Intrigues de Girola et de Drake, [66]. — Affaire des fiefs impériaux, [67]. — Les Barbets. [68]. — Sac d'Arquata, [69]. — Affaire de Santa Margarita. [71]. — Ménagements calculés de Bonaparte, [72]. — Les démocrates et les aristocrates, [78]. — Émeute du [23] mai [179]7, [77]. — Écrasement des démocrates, [78]. — La mission de Lavalette, [81]. — Le traité de Mombello, [84]. — Les excès des démagogues, [85]. — Révolte du 4 septembre, [89]. — Batailles d'Albaro et de San Benigno, [90]. — Création de la République Ligurienne, [93].
CHAPITRE III
CHUTE ET PARTAGE DE LA RÉPUBLIQUE VÉNITIENNE
Grandeur et décadence de la République vénitienne, [95]. — La politique de neutralité désarmée, [99]. — Le comte de Lille est expulsé de Vérone, [103]. — Violation du territoire vénitien, [104]. — Entrée des Français à Vérone, [106]. — Le podestat Ottolini, [108]. — Ménagements calculés de Bonaparte, [111]. — Négociations d'alliance, [115]. — Les exigences de Bonaparte, [118]. — Préparatifs de guerre, [120]. — Les démocrates soulèvent Bergame, Brescia, Salo, mais ils sont écrasés, [123]. — Manifeste de Battaglia, [127]. — Les préliminaires de Leoben, [131]. — Mission de Junot à Venise, [133]. — Les Pâques véronaises, [136]. — L'assassinat de Laugier, [139]. — Mission Donato et Giustiniani, [141]. — Punition de Vérone, [145]. — Transformation de la République aristocratique en République démocratique, [147]. — Traité de Milan, [152]. — Les convoitises autrichiennes, [154]. — Mission Querini, [155]. — Motion Dumolard, [157]. — Désorganisation de la nouvelle République, [159]. — Pillages, [163]. — Négociations de Campo-Formio, [166]. — Les instructions du Directoire et les résolutions de Bonaparte, [169]. — Traité de Campo-Formio, [173]. — Comment est accueillie la nouvelle, [176]. — Les scrupules de Villetard, [178]. — Les dépouilles de Venise, [185]. — Prise de possession par les Autrichiens, [186].
CHAPITRE IV
LA RÉPUBLIQUE ROMAINE