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Paul GAUGUIN et Charles MORICE

Noa Noa

_Téhura, j'inscrirai ton nom d'ébène et d'or
A l'aile du poème, à l'heure de l'essor,
Car mon désir séduit par ta belle pensée
A bien souvent tenté la longue traversée
Vers toi. Voix des Secrets, parfum vivant des bois.

Que les yeux pleins du feu des soleils d'autrefois
Reflètent leur clarté sur cette heure morose
Dans le rêve de vengeresse apothéose
Qu'a rêvé ton coeur sans savoir qu'il l'a rêvé!
Et que debout au seuil du temple retrouvé,
Attestant la forêt, la mer et la montagne,
Et Hina dont le geste amoureux t'accompagne,
Et Taaroa, Dieu des Dieux, qui t'inspira,
Tu te dresses devant les tiens, ô Téhura
Des jours anciens, dans leur mémoire illuminée,
O triste et belle comme fut leur destinée!_

I

POINT DE VUE

(Lecteur, sous les yeux de qui l'oeuvre tahitienne de Paul Gauguin passa peut-être inaperçue—tant on a peu de temps, à Paris et ailleurs, pour penser à soi, à son propre développement, à ses plus profitables plaisirs!—elle est là, je t'y ramène: le point de vue est en elle, des songeries que voici.) Dans ces toiles gonflées encore des souffles lointains qui nous les apportèrent, vivantes d'une vie à la fois élémentaire et fastueuse, c'est la sérénité de l'atmosphère qui donne à la vision sa profondeur, c'est la simplification des lignes qui projette les formes dans l'infini, c'est du mystère que l'intarissable lumière, en le désignant, irradie, révélant: une race.