Ainsi, partout, dans la mer et dans l'air, et jusque sur nos pirogues, de toutes parts on médite le carnage ou on l'accomplit.
Comme je demandais à mes camarades pourquoi ils ne filaient pas une longue ligne à fond dans le Trou aux Thons, il me fut répondu que c'était impossible: lieu sacré.
—Là réside le Dieu de la mer.
Je pressentais une légende, j'obtins sans peine qu'on me la contât.
Roüa Hatou, espèce de Neptune tahitien, dormait au fond de la mer, dans cet endroit.
Un Maorie fut assez imprudent pour y aller pêcher, et, son hameçon s'étant accroché aux cheveux du Dieu, le Dieu s'éveilla.
Furieux, il monta à la surface pour voir qui avait en l'insolence de troubler son repos, et, quand il sut que le coupable était un homme, il décida aussitôt que toute la race humaine, pour expier l'impiété d'un seul, périrait.
Du châtiment, pourtant—mystérieuse indulgence—fut excepté précisément l'auteur du crime.
Le Dieu lui ordonna d'aller, avec toute sa famille, sur le Toa Marama*, qui, d'après les uns, est une île ou une montagne, et, d'après les autres, une pirogue, une "arche".
* Toa Marama signifie "Le guerrier de la Lune". Cette étymologie donne à penser que la maléfique Hina fut pour quelque chose, selon les croyances populaires, dans le cataclysme du déluge.