—Plus tard, dans quelques jours, quand je serai installé.
Titi avait à Papeete une terrible réputation, ayant successivement enterré plusieurs amants. Ce n'est pas là ce qui m'eût éloigné d'elle. Mais, demi-blanche, et malgré les traces de profondes caractéristiques originelles et très maories, elle avait à de nombreux contacts beaucoup perdu de ses "différences" de race. Je sentais qu'elle ne pouvait rien m'apprendre de ce que je désirais savoir, rien me donner du bonheur particulier que je voulais.
—Et puis, me disais-je, à la campagne, je trouverai ce que je cherche et je n'aurai que la peine de choisir.
D'un côté, la mer; de l'autre, la montagne, la montagne béante: crevasse énorme que bouche, adossé au roc, un vaste manguier.
Entre la montagne et la mer s'élève ma case, en bois de bourao.
Près de la case que j'habite, il y en a une autre: faré amu (maison pour manger).
Matin.
Sur la mer, contre le bord, je vois une pirogue, et dans la pirogue une femme demi-nue. Sur le bord, un homme, dévêtu de même. A côté de l'homme, un cocotier malade, aux feuilles recroquevillées, semble un immense perroquet dont la queue dorée retombe et qui tient dans ses serres une grosse grappe de cocos. L'homme lève de ses deux mains, dans un geste harmonieux, une hache pesante qui laisse, en haut son empreinte bleue sur le ciel argenté, en bas son incision rose sur l'arbre mort où vont revivre, en un instant de flammes, les chaleurs séculaires jour à jour thésaurisées.
Sur le sol pourpre, de longues feuilles serpentines d'un jaune métallique me semblaient les traits d'une écriture secrète, religieuse, d'un vieil orient. Elles formaient sensiblement ce mot sacré, d'origine océanienne, A T U A—Dieu—de Taäta ou Takata ou Tathagata qui, à travers l'Inde, rayonna partout. Et je me remémorais, comme un conseil de mysticisme opportun dans ma belle solitude et dans ma belle pauvreté, ces paroles du Sage:
_Aux yeux de Tathagata, les plus splendides magnificences des rois et de leurs ministres ne sont que du crachat et de la poussière;