Elle était belle.
Tous ses traits concertaient une harmonie raphaëllique par la rencontre des courbes, et sa bouche avait été modelée par un sculpteur qui sait mettre dans une seule ligne en mouvement toute la joie et toute la souffrance, mêlées.
Je travaillais en hâte, me doutant bien que cette volonté n'était pas fixe, en hâte et passionnément. Je frémissais de lire dans ces grands yeux tant de choses: la peur et le désir de l'inconnu; la mélancolie de l'amertume, expérimentée, qui est au fond du plaisir; et le sentiment d'une maîtrise de soi, involontaire et souveraine. De tels êtres, s'ils se donnent, semblent nous céder: c'est à eux-mêmes qu'ils cèdent. En eux réside une force contenue de surhumaine—ou peut-être de divinement animale essence.
* * * * *
Maintenant, je travaillais plus librement, mieux.
Mais ma solitude m'était à charge.
Je voyais bien des jeunes femmes, dans le district, bien des jeunes filles à l'oeil tranquille, de pures Tahitiennes, et quelqu'une d'entre elles eût volontiers peut-être partagé ma vie.—Je n'osais les aborder. Elles m'intimidaient vraiment, avec leur regard assuré, la dignité de leur maintien, la fierté de leur allure.
Toutes, pourtant, veulent être "prise", prises littéralement (maü, saisir), brutalement, sans un mot. Toutes ont le désir latent du viol: c'est par cet acte d'autorité du mâle, qui laisse à la volonté féminine sa pleine irresponsabilité—car, ainsi, elle n'a pas consenti—que l'amour durable doit commencer. Il se pourrait qu'il y eût un grand sens, au fond de cette violence, d'abord si révoltante. Il se pourrait aussi qu'elle eût son charme, sauvage. Et j'y rêvais bien; mais je n'osais.
Et puis, on disait de plusieurs qu'elles étaient malades, malades de ce mal que les Européens apportent aux sauvages comme un premier degré, sans doute, d'initiation à la vie civilisée..
Et quand les vieillards me disaient, en me montrant l'une d'elles: