Il fut un temps, il fut, très jadis, un temps de gloire nationale et de féodalité, d'importance sociale, de richesse publique et privée,—il fut, dans la nuit ancienne, un temps de Dieux et de héros.
Matamua!
Alors la race autochtone régnait sur les Iles et les Eaux réjouies d'adorer les Atuas* universels, et Taaroa, leur père, et Téfatou, le roi de la terre, et Hina, déesse de la lune. Alors les prêtres sanglants prélevaient sur la vie généreuse la dîme essentielle du Sacrifice. Alors les femmes étaient honorées, plus d'une ayant été choisie pour le baiser divin, et maintes traditions attestaient que les mères de la race lui avaient mérité, au prix d'elles-mêmes et de rituels massacres dans le temple ouvert au sommet de l'Ile, l'origine céleste: au prix de massacres rituels qui ne devaient, à travers les âges, point cesser, afin que ne cessât point la Race.
* Les grands dieux
Mais les âges s'écoulèrent, et, un jour, l'homme blanc apparut, l'ennemi des Dieux. Il interdit les sacrifices, et bientôt l'on vit la race forte dégénérer, s'étioler. Et bientôt elle ne sera plus.
A ses derniers survivant les missionnaires chrétiens s'efforcent de faire une âme et une chair chrétiennes; et les marchands leur enseignent le travail forcé, lucratif, le négoce; et les magistrats leur récitent le Code Napoléon; et les arbitres de l'élégance leur montrent à porter des faux-cols, des gants, des habits, des corsets, des robes.
Les Maories écoutent, subissent les nouveaux maîtres, et semblent leur obéir. Mais dans ces yeux résignés persiste, invincible, le rêve vers Matamua, et chaque jour, par nombreuses théories nostalgiques, les Maories s'en vont la bas où sont les aïeux, dans la main de ténèbres des Dieux reniés, des Dieux qui se contentaient, jadis, de quelques gouttes de sang, et qui prendront tous, maintenant qu'on leur refuse tout.
Car la race entière périra pour avoir transgressé le serment des
Mères.
Non, les missionnaires n'ont pas conquis au Christ l'âme maorie. Ils l'ont seulement, cette âme, amollie et troublée, et chez les femmes leur influence, plus active que sur les hommes, a eu le singulier effet d'exalter, aux dépens du rude et bon roi de la Terre, leur culte pour la divinité féminine, Hina, la Lune, la déesse du mensonge et de la pitié. C'est à Hina que le plus volontiers elles font les honneurs du passé, en des fêtes au clair de la lune, célébrées par les baisers, les chants et les danses, et cette légende:
_Hina disait à Téfatou: