—Allons! tu n'auras pas honte de voir ce bijou aux oreilles d'une autre femme? Déjà un tel parle de vendre son cheval pour offrir la paire de boucles à sa vahiné!
Je ne peux me résigner à cette sottise. Je refuse pour la seconde fois.
Téhura me regarde encore, fixement, sans plus rien dire, et pleure.
Je m'éloigne, je reviens, je donne les vingt francs au Juif-et le soleil reparaît.
Deux jours après, c'était dimanche. Téhura fait sa grande toilette. Les cheveux lavés au savon, puis séchés au soleil, et finalement frottés d'huile parfumée; la belle robe, un de mes mouchoirs à la main, une fleur a l'oreille,—les pieds nus: elle part pour le temple.
—Et les boucles? lui dis-je.
Téhura fait une moue de dédain:
—C'est du cuivre!
Et, en éclatant de rire, elle franchit le seuil de la case et s'en va, brusquement redevenue grave.
A l'heure de la sieste, dévêtus, simples, nous sommeillons, ce jour-là comme les autres jours, côte à côte,—ou nous rêvons. Peut-être, dans son rêve, Téhura voit-elle briller d'autres boucles d'oreilles.