Ce n'est qu'un cri général:

—Toë toë!

L'eau clapote et ses bruits se répercutent en mille échos qui répètent: toë toë!

—Viens-tu avec moi? dis-je à Téhura en lui montrant le fond.

—Tu es fou? Là bas, si loin! Et les anguilles? On ne va jamais là.

Et ondulante, gracieuse, elle se jouait sur le bord, comme une jeune personne très fière de savoir si bien nager. Mais moi aussi, je sais très bien nager, et, quoiqu'il m'en coûtât un peu de m'aventurer tout seul, je me dirigeai vers le fond.

Par quel étrange phénomène de mirage semblait-il s'éloigner de moi à mesure que je m'efforçais de l'atteindre? J'avançais toujours et, de chaque côté, les grands serpents me regardaient avec ironie. Un instant, je crus voir flotter une grosse tortue; la tète émergea même de l'eau, et je distinguai deux yeux brillants et fixes qui me défiaient.—Folies! pensai-je: les tortues de mer ne séjournent pas dans l'eau douce. Pourtant (suis-je donc devenu vraiment un Maorie?) j'ai des doutes et peu s'en faut que je frissonne. Qu'est-ce maintenant que ces ondulations larges, silencieuses, là, devant moi? Les anguilles!—Allons, il faut secouer cette impression paralysante de la peur!

Je me laissai couler à pic pour toucher le fond. Mais il me fallut remonter sans y être parvenu. Du bord, Téhura me crie:

—Reviens!

Je me retourne, et je la vois très loin, toute petite… Pourquoi la distance dans ce sens va-t-elle aussi à l'infini? Téhura n'est plus qu'un point noir dans un cercle lumineux.