* Il convient d'ajouter que "l'expansion coloniale" de l'occident civilisateur a vivement achevé l'oeuvre des végétaux.
Peu à peu, dans les recherches de l'artiste, le type d'une Eve dernière s'informe, physique et comme végétale, le robuste jaillissement d'un jeune arbre dans l'aboutissement épuisé d'une hérédité longue, avec la consécration de l'antiquité fabuleuse qui fait le fond de ses regrets et de son orgueil, avec le sceau de ce vieux, de cet insondable passé où rêvent ses instincts, ses plaisirs, ses terreurs. Elle a dans Jadis son orient et rien ne naîtra d'elle, idole et prêtresse d'un culte défunt.
IV.
Parahi té Maraë: la réside le Temple.
Car le Temple, lieu ouvert et le sommet de la montagne que touchent les pieds des Dieux, est lui-même un vivant. Ici, lui seul: à son contact meurt la nature, de terreur ou d'amour, et les cimes des grands arbres s'inclinent au seuil de l'enceinte aride.
Lieu de grandeur et d'horreur; nudité des rites mortuaires; là coula le sang humain: et des têtes de morts, témoignages sculptés sur la barrière qui cerne le Temple, précisent.
Vue de ce sommet, la vie—en bas, dans les jardins du rivage, si gaie, tout le jour—n'apparaît plus vraie qu'en ses heures nocturnes, alors que les rieurs de midi se taisent et frissonnent.
Est-ce du Temple qu'ils descendent avec la nuit, les Tupapaüs, les esprits malfaisants, et qu'ils s'en vont, quand les épouvantements de l'ombre les raniment, chuchoter d'étranges paroles aux oreilles des jeunes filles?
Est-ce l'héréditaire effroi des crimes sacrés, est-ce la mort des Dieux eux-mêmes, qui marque de tant d'âpre tristesse le lieu où fut leur Temple? Qui sait? Mais là règne la mort et de là elle rayonne sur l'Ile.
Est-ce le remords des meurtres ou le regret des Dieux, est-ce le regret des Dieux ou la peur de les suivre dans la tombe noire où l'oubli les relègue, est-ce le danger d'hier ou celui de demain qui livre aux larves du mal les douces nuits de l'Ile Heureuse?