Jean-Jacques Rousseau, c’est autre chose.
L’éducation d’Émile!! celle qui révolte un tas de braves gens. C’est encore la plus lourde chaîne qu’un homme ait essayé de briser. Moi-même dans mon pays je n’ose y penser. Ici, désormais éclairé, tranquillement je regarde. J’ai vu un chef indigène, celui qui sans la domination française serait devenu roi, demander à un colon blanc marié avec une blanche, lui demander un de ses enfants. L’adoptant il lui aurait donné presque toutes ses terres et 500 piastres d’économie en payement au père.
Ici l’enfant est pour tous le plus grand bienfait de la nature, et c’est à qui l’adoptera. Voilà la sauvagerie des Maoris: celle-là je l’adopte.
Tous mes doutes se sont dissipés. Je suis et je resterai ce sauvage.
Le christianisme ici ne comprend rien.... Heureusement que malgré tous ses efforts, conjointement avec les lois civilisées de succession, le mariage n’est qu’une cérémonie d’amusement. Le bâtard, l’enfant adultérin, seront comme par le passé des monstres imaginaires de notre civilisation.
Ici l’éducation d’Émile se fait au grand soleil qui éclaire, adopté de choix par quelqu’un et adopté par toute la société.
Souriantes, les jeunes filles librement, peuvent enfanter autant d’Émiles qu’elles voudront.
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Les subterfuges de la parole, les artifices du style, brillants détours qui me conviennent quelquefois en tant qu’artiste, ne conviennent pas à mon cœur barbare, si dur, si aimant. On les comprend et l’on s’exerce à les manier; luxe qui concorde avec la civilisation et dont je ne dédaigne pas les beautés.
Sachons nous en servir et nous en réjouir, mais librement; douce musique qu’à mon heure j’aime à entendre jusqu’au moment où mon cœur réclame le silence.