Et si un jour le nuage se dissipe, il faudra s’entêter, ou dire à nouveau «ce n’est plus cela», mais maintenant ce sera. Ainsi de suite jusqu’au vieil âge.

J’en ai vu, tellement vu, de ces Chrysostomes qui parlent d’or, un tas de fronts plissés. Ça me rapetissait, mais je me disais: «Je me rattraperai.»

L’artiste, à dix ans, à vingt ans, à cent ans, c’est toujours l’artiste, tout petit, un peu grand et très grand.

N’a-t-il pas ses heures, ses moments: jamais impeccable, puisqu’homme et vivant. Le critique lui dit: «Voilà le nord,» un autre lui dit: «Le nord c’est le sud», soufflant sur un artiste comme sur une girouette.

L’artiste meurt, les héritiers tombent sur l’œuvre; classent les droits d’auteur, l’hôtel des Ventes, les inédits et tout ce qui s’ensuit. Le voilà déshabillé complètement.

Pensant à cela, je me déshabille auparavant, ça soulage.

Cézanne peint rutilant paysage fonds d’outremer, verts pesants, ocres qui chatoient; les arbres s’alignent, les branches s’entrelacent, laissant cependant voir la maison de son ami Zola aux volets vermillon qu’orangent les chromes qui scintillent sur la chaux des murs. Les véronèses qui pétardent signalent la verdure raffinée du jardin, et en contraste le son grave des orties violacées au premier plan, orchestre le simple poème. C’est à Médan.

Prétentieux, le passant épouvanté regarde ce qu’il pense être un pitoyable gâchis d’amateur et souriant professeur il dit à Cézanne: «Vous faites de la peinture.»

—Assurément, mais si peu.

—Oh! je vois bien: tenez, je suis un ancien élève de Corot et si vous voulez me permettre avec quelques habiles touches je vais vous remettre tout cela en place. Les valeurs, les valeurs... il n’y a que ça.»