Je voudrais être un cochon: l’homme seul peut être ridicule.
Jadis les grands fauves ont rugi; aujourd’hui ils sont empaillés. Hier j’étais du 19ᵉ, aujourd’hui je suis du 20ᵉ et je vous assure que vous et moi nous ne verrons le 21ᵉ. A force de vivre on rêve une revanche, et il faut se contenter du rêve. Mais le rêve s’est envolé, le pigeon aussi, histoire de jouer.
Je ne suis pas de ceux qui médisent quand même de la vie. On a souffert, mais on a joui et si peu que cela soit c’est encore de cela qu’on se souvient. J’aime les philosophes, pas trop cependant, quand ils m’ennuient et qu’ils sont pédants. J’aime les femmes aussi quand elles sont vicieuses et qu’elles sont grasses: leur esprit me gêne, cet esprit trop spirituel pour moi. J’ai toujours voulu une maîtresse qui fût grosse et jamais je n’en ai trouvé. Pour me narguer elles sont toujours avec des petits.
Ce n’est pas à dire que je sois insensible à la beauté, mais ce sont les sens qui n’en veulent pas. Comme on voit, je ne connais pas l’amour et pour dire: je t’aime, il me faudrait casser toutes les dents. C’est vous faire comprendre que je ne suis point poète. Un poète sans amour!!! Et en cette raison, les femmes qui sont malignes le devinent: aussi je leur déplais.
Je ne m’en plains pas, et comme Jésus je dis: «La chair est chair, l’esprit est Esprit.» Grâce à cela pour quelque menue monnaie ma chair est satisfaite et mon esprit reste tranquille.
Me voilà donc présenté au public comme un animal dénué de tout sentiment, incapable de vendre son âme pour une marguerite. Je n’ai pas été Werther, je ne serai pas Faust. Qui sait? les vérolés et les alcooliques seront peut-être les hommes de l’avenir. La morale m’a tout l’air d’aller comme les sciences et tout le reste vers une morale toute nouvelle qui serait peut-être le contraire de celle d’aujourd’hui. Le mariage, la famille, et un tas de bonnes choses dont on me corne les oreilles m’ont tout l’air de voyager considérablement en locomobile à grande vitesse.
Et vous voulez que je sois de votre avis?...
Le couche avec est une grosse affaire.
En mariage le plus cocu des deux est l’amant, ce qu’une pièce du Palais-Royal dit: «Le plus heureux des trois.»
J’avais acheté à Port-Saïd quelques photographies. Le péché commis, ab ores, chez moi, sans détours, dans l’alcôve, elles figuraient. Les hommes, les femmes, les enfants en ont ri; presque tout le monde enfin: cela fut un instant et l’on n’y pensa plus. Seuls, les gens qui se disent honnêtes ne vinrent pas chez moi et seuls toute l’année ils y pensèrent.