Dessiner franchement, c’est ne pas mentir à soi-même.
De cette petite Exposition, Giotto est le morceau capital.
La Magdalena et sa compagnie arrivent à Marseille dans une barque, si toutefois une section de calebasse figure une barque. Les anges les précèdent, les ailes déployées. Aucune relation à établir entre ces personnages et la tour minuscule où entrent des hommes encore plus minuscules.
D’apparence taillés dans du bois, ces personnages dans la barque sont immenses ou bien légers puisque la barque ne sombre pas, tandis qu’au premier plan une figure drapée, beaucoup plus petite, se tient invraisemblablement sur un rocher, on ne sait par quelle prodigieuse loi d’équilibre.
Devant cette toile, j’ai vu Lui, toujours Lui, l’homme moderne qui raisonne ses émotions comme les lois de la Nature, sourire de ce sourire d’homme satisfait et me dire: «Vous comprenez cela!»
Certainement, en ce tableau, les lois de beauté ne résident pas en des vérités de la nature; cherchons ailleurs.
Dans cette merveilleuse toile on ne peut nier une immense fécondité de conception. Qu’importe! si la conception est naturelle ou invraisemblable. J’y vois une tendresse, un amour tout à fait divins.
Et je voudrais passer ma vie en si honnête compagnie.
Giotto avait des enfants très laids. Quelqu’un lui ayant demandé pourquoi il faisait de si jolis visages dans ses tableaux, et en nature de si vilains enfants, il répondit: «Mes enfants: c’est le travail de nuit... et mes tableaux, travail de jour.» Giotto connaissait-il les lois de perspective? je ne veux pas le savoir. Ses procédés d’éclosion ne sont pas à nous, mais à lui; estimons-nous heureux de pouvoir jouir de ses œuvres.
Avec les maîtres je cause, leur exemple fortifie. En tentation de péché je rougis devant eux.