Depuis quelque temps trois navires baleiniers naviguent dans nos eaux et la gendarmerie est sur les dents. Pourquoi tout ce brouhaha, ces sourdes colères. Des baleiniers!... Des baleiniers.

Mais enfin, que veut dire tout cela? Les baleines sont-elles porte-malheur, arrivent-elles avec le choléra, ou bien encore la peste baleine qui dégénère en peste humaine? Toujours est-il que le gendarme me dit: «Monsieur..., les baleines c’est la peste.»

Voyons voir, dit l’un, ou tâchons moyen de savoir, dirait l’autre et l’un et l’autre racontent une histoire. Moi je vais vous la raconter l’histoire... mais la vraie.

Or, en ce temps qui est de tous les temps, les baleiniers ont pour habitude de ne pas emporter de monnaie sachant très bien qu’en mer la monnaie ça ne se mange pas et qu’à terre il y a des philosophes qui méprisent le vil métal.

C’est ainsi, imbus de ces fausses idées, qu’ils arrivèrent aux Marquises, notamment à Tasata. Ils comptaient faire leur provision d’eau et échanger de la bimbeloterie et flanelles légères contre bananes, bestiaux et autres provisions de bouche.

Que nenni! descendre à terre des marchandises qui n’ont pas payé l’octroi de mer! mais les indigènes contents de livrer des productions de la terre dont ils ne savent que faire contre des objets qui leur plaisent, se demandent vraiment si nous leur voulons du bien ou du mal. Mais trois ou quatre pelés et un tondu, marchands de morue s’écrient: «Que c’est de la concurrence déloyale.»

Somme toute, le gendarme est essoufflé et le navire nuitamment, de gauche et de droite, soulagé de ses marchandises. Bien approvisionné, il repart.

L’île de Tasata se trouve enrichie de quelques produits Européens. Où est le mal? et pourquoi tous ces cris? Quand donc l’homme comprendra ce que Humanité veut dire!

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Différents épisodes, maintes réflexions, certaines boutades, arrivent en ce recueil, venant d’on ne sait où, convergent et s’éloignent; jeu d’enfant, figures de kaléidoscope. Sérieux quelquefois, badin souvent au gré de la nature si frivole; l’homme traîne, dit-on, son double avec lui. On se souvient de son enfance: se souvient-on de l’avenir? Mémoire d’avant. Peut-être mémoire d’après, je ne saurais préciser. Dire: «Il fera beau demain.» N’est-ce pas se souvenir d’auparavant; expériences qui déterminent une raison.