Elle m’avoua, dans un soupir, qu’elle avait un penchant pour moi, et qu’elle l’avait eu dès que je l’avais saluée. Mais après ces moments où je la croyais voir faiblir, elle se rebellait de nouveau, échappant à mon étreinte, et, dans le même instant, j’entendais qu’elle murmurait que cela était dommage, ce qui signifiait vraisemblablement qu’elle luttait contre soi. Si elle se gardait contre le décisif, sa bouche ne se défendait plus de la mienne, et se livrait à l’avidité de mes transports.
— Agathe, lui dis-je, il y a, de toute évidence, entre nous, sympathie d’organes. Pourquoi vous faites-vous aussi cruelle ? Pourquoi refusez-vous le plaisir que nous promet un semblable entraînement ?
Elle me répondit qu’elle avait de grands scrupules, qu’elle ne pouvait me confier, mais que si elle n’en eût point été empêtrée, elle m’eût aimé à la folie. Cela n’était point propre à m’arrêter, et pour commencer de vaincre ces scrupules, j’avais dégrafé son corsage et j’embrassais la gorge la mieux faite du monde. Ces caresses, qu’elle acceptait, la troublaient fort, et ses yeux languissants appelaient la volupté, encore qu’elle s’entêtât, par des mots prononcés d’une voix mourante, à ne pas me donner le droit d’aller plus avant.
A la fin, elle parut excédée de s’insurger contre elle-même et elle me rendit mes baisers avec un furieux emportement. Elle était prête à me laisser la victoire.
— Nous pourrions être surpris dans cette salle, où nous nous sommes attardés, me dit-elle. Nous serons plus en sûreté dans ma chambre.
Elle ouvrit une porte, et, me tenant par la main, m’engagea avec elle dans un escalier fort étroit qui, au dernier étage de la maison, conduisait dans cette chambre. Je n’étais pas dans le cas de prêter attention à la simplicité des meubles. Je n’avais jeté les yeux que sur le lit. J’avais grande hâte de tenir Agathe dans mes bras. Au demeurant, elle me déclarait qu’elle avait pour moi le plus effréné caprice qui fût. Je mis un zèle extrême à l’aider pour qu’elle se déshabillât promptement. Cependant, quand elle en vint à ses derniers vêtements, elle apporta, à s’en défaire, une lenteur irritante. Étaient-ce les suprêmes retours de la pudeur, après les élans qui l’avaient poussée vers moi ? Allais-je donc, bien que je n’eusse pas espéré une telle faveur, cueillir des prémices, ce qui justifiait qu’elle hésitât, dans la minute précédant le couronnement de mon succès.
Elle n’avait plus que sa chemise, quand soudain, elle reprit sa jupe qu’elle avait jetée sur le carreau de la chambre et se couvrit de son casaquin, tôt ramassé.
— Que faites-vous, mon amour ? lui demandai-je, fort surpris.
— Non, fit-elle, avec une manière de résolution, encore que son visage se baignât de larmes, il y a conscience à épargner un joli homme comme vous, que j’eusse adoré… Il me faut bien vous expliquer l’embarras où vous me vîtes, et les contradictions de ma conduite, partagée que j’étais entre l’inclination la plus vive et la délicatesse. J’eus la malchance de gagner d’un officier aux gardes une galanterie qui n’est point guérie, et, bien que je sois portée vers vous le plus impétueusement du monde, je ne voudrais point vous exposer au mal dont je suis atteinte. Mes regrets sont infinis. Vous concevez maintenant, dans ces conjonctures, la raison de mes mouvements de passion auxquels succédait ma réserve. Avec quelle joie je me fusse donnée à vous, mais quel souvenir je vous eusse laissé de moi !
Je lui sus gré de sa franchise. Ma bonne mine, qui est à peu près mon seul avoir, ne m’a servi qu’à éviter un danger. Voilà, Monsieur, la belle aventure que j’avais à vous conter ; vous en attendiez d’autres et je crains de provoquer votre ironie. Mais je n’en suis qu’à mes débuts, et je table sur de prochaines revanches.