— Cela est bien, dit-elle, et je suis contente de vous. Je n’ai relevé qu’une légère faute.
Et elle ajouta, toujours en souriant, que pour le chercheur d’aventures que j’étais, j’avais de bonnes dispositions au travail de cabinet, et que, peut-être, je ne me connaissais point moi-même.
Je répondis que l’honneur de lui pouvoir être utile avait seul déterminé mon zèle, mais que j’étais loin de renoncer à l’espoir de conquérir son estime en donnant à mes ambitions un vaste champ.
— Convenez, dit-elle en hochant la tête (mais elle sait donner du charme à une sorte de raillerie) que cette époque ne se prête point facilement aux coups d’éclat.
— Il se peut que le sort ne m’ait pas encore favorisé, mais ie n’en suis que plus décidé à saisir l’occasion qu’il me pourra offrir. Vous le verrez, Mademoiselle.
— Nous verrons donc ! fit-elle gaiement. Quoi qu’il en soit, vous avez bien gagné quelque repos.
Elle sonna, s’inquiéta de son père, on lui dit qu’il dormait paisiblement, et elle fit servir quelques rafraîchissements.
Dans cet instant, je me reprochai quelque mollesse, mais je ne pouvais point ne pas goûter le calme de cette petite salle où nous nous trouvions, le bien-être tranquille qu’elle respirait, avec ses hautes fenêtres donnant sur un jardin, sa décoration d’un goût sobre, mais où tout flatte les yeux, la commodité loin de tout bruit. J’eusse sans doute moins apprécié ce calme, au demeurant, sans la présence de Mlle Angélique et sans la conversation enjouée, pleine cependant de réflexions judicieuses, qu’elle voulait bien tenir avec moi. Sans les bienséances, je me fusse attardé volontiers en cet entretien. En prenant congé d’elle, je lui dis ma confusion de ne lui avoir pas prêté, puisqu’elle avait la bonté de m’employer, une assistance plus efficace. Elle me répondit que cela était fort bien pour un essai, et qu’elle ne manquerait pas d’instruire M. Sellon de ma bonne volonté et même, ajouta-t-elle avec ce mélange, qui lui appartient en propre de nargue gracieuse et d’indulgence, des talents que je ne soupçonnais point.
Je sortis encore sous le charme. Mais je me reprends, Monsieur, et il s’agit bien, pour moi, de m’endormir dans cette placidité. J’ai d’autres buts. Je vous dirai pourtant une particularité qui atteste ce que peut une contention d’esprit dans le désir de ne point paraître tout à fait sot aux yeux d’une belle personne. Je trouvai, en rentrant, la note de mon logeur. J’en voulus contrôler l’exactitude, et, bien qu’il n’y eût à s’assurer que de chiffres modestes, alors que j’en maniais, tout à l’heure, qui étaient faits pour m’effrayer, je ne pus parvenir à une juste solution.