—Sept ans, vous aviez, Vitalis, je pense: moi onze. Vous étiez brave,—et méchant. A peine vos espadrilles remises, c'était pour me donner des coups de pied.

—C'est que je vous aimais, ma cousine.

—Tu ne m'aimes plus?

De nouveau, elle le chercha des lèvres, respira un peu de sa chair, et reprit d'un ton plus paisible, apaisée:

—Que je vous parle de votre tante. Il paraît que vous dépensez beaucoup, que vous jouez au baccara... vous aussi. Et elle est inquiète de vous savoir si souvent avec ce M. de Cérizolles, inquiète du train qu'il mène.

Vitalis fronça l'arc de son beau sourcil.

C'est qu'il y avait quelque vérité dans ces reproches, depuis qu'il avait pris en mains sa fortune; et il le sentait. Car, incapable de défendre son bien contre ses propres caprices, ce n'est point qu'il ignorât, plus que personne en cette étroite ville, la valeur ni le prestige de l'argent.

—Cérizolles, dit-il, est un camarade de collège. Nous étions à Saint-Thomas ensemble; et je ne puis pourtant pas le noyer par économie. Du reste, il arrive ces jours-ci, pour prendre les eaux. Car, à l'en croire, si les névropathies étaient des diables, il serait plus possédé que les cochons de l'Évangile.

—On attend beaucoup d'étrangers, observa Mme Beaudésyme.

Depuis que les sources de Ribamourt étaient en passe de devenir à la mode contre les maladies nerveuses, l'absence ou la venue des baigneurs y étaient l'ordinaire entretien de tous. Vitalis n'était sans doute pas d'humeur à le pousser plus avant. Il se leva.