Le Jésuite, soupçonnant à ce coup qu'il s'agissait de Mme Beaudésyme, commença d'ouvrir l'oreille. Mais M. Puyoo se tut, comme s'il en avait assez dit.
—Mon cher ami, intervint le secrétaire, vous feriez mieux d'en venir tout de suite à l'objet de notre réunion.
—Eh bien, voici la chose: M. Dabitaing est venu d'avant-garde, si je puis dire, m'avertir que M. le Vicaire Général, attendu d'un jour à l'autre, comme vous savez, pour la confirmation, a résolu en principe de la donner à Saint-Éloi.
—Il eût été naturel, observa M. Dabitaing, que M. Cassoubieilh étant Doyen, et sa paroisse prééminente à Ribamourt, ce fût eux qu'honorât de sa visite M. le Vicaire Général. Mais il nous est revenu, et hic jacet lepus, que la vie privée de M. le Curé Doyen n'était pas exempte de suspicions, oh, légères sans doute et mal fondées: mais un prêtre ne doit-il pas ressembler à la femme de César, si j'ose me servir d'une comparaison profane? Et à la veille peut-être de tant de responsabilités nouvelles qui sont près de retomber sur l'Église...
Le P. Nicolle réfléchissait:
—Vous me voyez deux fois surpris, dit-il enfin: d'abord de ce que vous me dites au sujet du respectable M. Cassoubieilh, en second lieu que vous me le disiez.
—Bon, pensa M. Dabitaing, il a dit: respectable. L'affaire sera moins dure qu'on ne craignait. Et tout haut, il ajouta: Quant au premier point, vous ne devez pas encore avoir tout à fait oublié, mon Père, qu'il y trois ans une nièce maternelle que M. Cassoubieilh défrayait chez lui, fort jolie personne de dix-neuf à vingt ans, disparut ex abrupto.
—N'était-elle pas tout simplement retournée chez son père à Anglet? Et d'ailleurs, si l'on avait quelque crainte pour ses jours, il n'y a pas longtemps qu'elle est venue à Ribamourt voir son oncle, avec son mari, M. de Casaduegno.
—Oui, un Espagnol qu'elle avait connu quand il prenait les eaux ici.
—Je ne vois là rien d'aggravatif, répartit le Jésuite. Pour être nièce de curé-doyen, on n'en a pas moins un cœur.