—Sans doute, reprit M. Dabitaing; mais, dans ces temps troublés, il faut prendre garde aux infamies. Celle-ci a couru tous les journaux, et le Conseiller entre autres. Ne vous étonnez pas si nous avons dû, en ces circonstances, envisager l'hypothèse d'un déplacement de M. Cassoubieilh.
—Mais, dit le P. Nicolle, qui commençait à s'éclairer, le curé de Sainte-Marthe est inamovible.
—Sans doute, sans doute, mais non pas plus que le Concordat. En attendant, nous avons le droit de conseil, et quelques autres moyens d'insinuation. D'abord, notre but n'est pas de mettre sur le pavé ce bon M. Cassoubieilh, qui du reste a des moyens personnels. Et je ne serais pas surpris de le voir prêtre attaché à la cathédrale de Navarrenx, chanoine même, s'il venait doucement à résipiscence.
—Il y aura beaucoup à faire pour décider M. Cassoubieilh à quitter une cure où il est aimé de tous.
—J'ai ici les preuves, répondit le Secrétaire Particulier, en frappant de la main sur quelques papiers à côté de lui, que tout le monde n'en est pas aussi enchanté que vous dites. Les étrangers en particulier, ce troupeau d'âmes élégantes, se sont à plusieurs reprises plaints de le trouver... un peu agreste. Et vous savez, peut être, mon Révérend, qu'on l'a surnommé le Curé des Pauvres.
—Je m'étonne qu'un pareil titre puisse être tenu à blâme.
—Eh mon Dieu, mon Père, nous ne sommes plus au temps des saints; c'est d'hommes, plutôt,—pardonnez-moi cette opinion,—que nous avons besoin, aujourd'hui.
Et il lança à M. Puyoo un regard de réconfort.
—Certes, accorda celui-ci; mais ce n'en sera pas moins une succession bien lourde, à certains égards.
—Il ne faut pas non plus, reprit M. Dabitaing, s'en exagérer le poids. S'il est vrai que le curé... actuel de Sainte-Marthe a rencontré un accueil médiocre dans la clientèle étrangère, où il est accusé de manquer d'onction, de politesse peut-être,—j'ajouterai que les vertus de miséricorde sont plus essentielles encore dans notre ministère. Or, M. Cassoubieilh passe pour vindicatif.