Ces vers font allusion aux mines d'étain de Ribamourt, dont le produit, pour une part obscurément fixée depuis le règne de Gaston-Centulle, par des procès en grand nombre contre l'État, la ville, l'Administration des mines, appartient, par primogéniture aux descendants de la communauté des Part-Prenants. Ceux-ci, à force de litiges, de meetings, de comités, de brochures, avaient fini par se prendre pour un membre important de la France. Toutes ces confuses controverses, tant de sottises, et ce peuple riche en prétentions comme en crasse, importunaient Vitalis, encore qu'il fût Part-Prenant, et perçut, de ce chef, jusques à vingt-cinq francs dans les bonnes années. Mais il ne concédait point que cette mainmorte instituât une noblesse.

—Vous allez voir, dit-il au capitaine Laharanne, qu'ils vont encore nous courir avec leur étain, leurs eaux, leur partage.

Les fontaines issues de la mine, et qui, par ainsi, appartiennent aux Part-Prenants, sont, depuis trois quarts de siècle qu'un pharmacien homme d'esprit les a découvertes, en usage contre les maladies nerveuses. Elles gardent même, à travers les caprices de la mode, une clientèle assez nombreuse et qui fait toute la fortune de Ribamourt. Mais les sandaliers du lieu, qui forment la majorité des propriétaires de la mine, peuple d'ignorants, de paresseux, d'ivrognes, et qui ne tirent rien, eux, des étrangers que la location des sources, exploitées au préjudice du minerai, se plaignent, à grand tapage, de perdre à la combinaison. Il n'est point vrai, d'ailleurs: l'étain, de nos jours, ne se vendant plus guère, au lieu que la Société des Sources Neurasthénothérapiques, les paye de vingt à trente francs par tête, selon l'année.

—Encore si ça me rapportait deux pistoles par an, comme à vous, répondit le capitaine, qui plaisantait souvent de sa bourse. Il l'avait aussi légère que la tête, avec un nez busqué, des yeux couleur de saphir, un jargon rapporté pour la plus grande part de l'armée d'Afrique. Sa femme, personne sans éclat, excellente et pleine de mélancolie, l'entourait d'une affection qui avait naturellement l'air d'être inconsolable.

La Fanfare s'était débandée, après avoir exhalé ses derniers accents devant les myrtes en pot de la terrasse, étonnante flore nourrie d'une absinthe mêlée au venin du bitter, et qui ne voulait pas mourir. Quelques musiciens entouraient le tailleur-poète, en lui bourrant le dos de leur sympathie. Les: Dioü Bibann! et les: Dioü me daü! se croisaient dans l'air.

—Ernaütou, ordonna Me Beaudésyme au porte-bannière, qui, d'autre part, était son piqueux, tu rapporteras l'Oriflamme à la mairie. Et puis, reviens boire une pinte.

Le taciturne valet, qui ne parlait guère qu'à ses chiens, s'éloigna sans répondre, ayant, pour marcher plus à l'aise, mis la bannière sur son épaule, telle une pioche, tandis que le notaire venait s'asseoir entre Vitalis et M. Laharanne.

—Eh bien, capitaine, quoi de neuf, demanda-t-il de sa voix pleine, qui sonnait comme le bronze.

—Pas grand'chose. J'ai eu l'honneur de conduire votre femme à Harès—et la mienne au diable, en revenant de chez les Sainte-Mary qui s'étaient remisés ailleurs.

—Bon, répondit Me Beaudésyme à travers son grand sourire, quand le gibier vole de compagnie, c'est qu'il n'y a plus bataille.