P.-J. TOULET
Les
Tendres Ménages
I
MARIAGE DE PROVINCE
(La scène est dans les Pyrénées.)
Sylvère Noël de Ribes avait, entre autres choses, apporté en dot au baron de Mariolles-Sainte-Mary, son récent époux, un bien assez vaste, mi-château, mi-ferme, sis à l'ombre des Pyrénées, parmi des arbres noirs, des sources brusques et froides. Mariolles, qui avait de bonnes raisons de ne plus croire à la candeur des lits d'hôtel, avait choisi de mener là Sylvère pour la première nuit de leurs noces. Mme de Ribes avait souri à ce dessein où elle croyait démêler cet amour de la terre, sans lequel il ne lui semblait pas qu'il pût se fonder une famille durable.
—Vous connaissez Hargouët, demanda-t-elle.
—Oui, j'y ai passé encore, l'autre mois, avec votre mari—et un sanglier: le sanglier devant. Je n'ai pas eu beaucoup le loisir de me rendre compte. Il y a une église—des arbres.
—Et des maisons—oui. Si jamais Boedeker meurt....
—Je voudrais vous y voir, Madame.... Je veux dire que ça n'est pas ultra-commode de prendre des croquis à cheval, et par ces petits chemins. D'autant que je ne monte pas comme feus les centaures.