—Oui. Elle s'appelle Imogène. Elle avait épousé d'abord un colonel anglais très riche. Elle, elle n'avait pas le sou, ce qui ne manque pas de chic pour une Américaine. Lui est mort alcoolique, en lui laissant un sac qu'elle a encore, et un joli nom qu'elle n'a gardé que trois ans. Ça s'est prononcé San Buscar, tout d'un coup. Ce pauvre colonel: il était ivre de whisky tous les soirs, et si on voulait le raccompagner, au sortir du Club, il vous flanquait des coups de revolver. Puis il s'en allait, raide comme la justice; trouvait, par un décret spécial de la Providence, la porte de son jardin, la porte de sa villa, montait l'escalier, traversait son bureau sans encombre, et, juste devant sa chambre, chaque nuit, inévitablement, tombait; son valet de chambre entendait le bruit, et venait le coucher.
—Et elle?
—Imogène?... Elle s'était habituée.
—Comme vous êtes renseigné!
—Tout cela était de notoriété publique; lui-même en plaisantait—le jour.
—Elle a eu beaucoup de chagrin, quand il est mort?
—Je... je ne sais pas. Elle s'est tenue correctement; on n'a pas parlé d'elle.
—Alors, pourquoi faisiez-vous cette figure en me présentant?
—Mais vous avez rêvé, je vous assure. Et puis c'est plutôt San Buscar qui ne me chante pas, pour vous. Il a une réputation. Il serait compromettant, à la longue.
—Lui! s'écria Sylvère, qui se mit à rire. Au fait, et lui, qui est-ce?