—Merci. Moi qui vous cherche partout pour ce dîner de ce soir. C'est toujours convenu?

—Certainement, répond Mme de San Buscar. Ça colle, comme vous dites.

—Mais je ne dis jamais de ces choses-là.

—C'est que vous n'avez pas bu de wiskey.

Là-dessus, ayant pris rendez-vous pour tout à l'heure, on se sépare. Imogène a des courses à faire. Mariolles va retenir leur table pour le dîner.

Ce n'est d'ailleurs pas loin du Léviathan, et, le soir, toute cette jeune bande s'y rend à pied.

—Car, dit Mme de San Buscar, quand on est pour vadrouiller, ça n'est pas pour faire de l'esbrouffe.

—Évidemment, répond Sylvère d'un air grave.

La Ca' d'oro tient le milieu entre le boarding house et la villa de cocotte. Il y a des enfants, un ping pong; on y joue le poker; et des messieurs mûrs, de temps en temps, y logent quelque jeune parente de la province que mille raisons de famille les empêchent de présenter à leur femme. Les patrons: une Italienne maigre, blonde, au bavardage avisé, qui sait le tarif de bien des choses; et son mari, M. Joffre, autrefois, comme une poularde, venu du Mans, et qui cligne dans sa face aux mille rides des yeux rigoleurs, où l'on puise cette impression rassurante que M. Joffre, pour de l'argent, ferait jusqu'à des choses honnêtes. Il serre avec effusion les mains de Mariolles, un peu gêné.

—Merci, monsieur Joffre, très bien. Et ces messieurs de l'École française, toujours fidèles?