—Comme turne nouvelle, dit Imogène, ça y est. Il y a Voisin, aussi. Seulement ils n'ont pas fini de croûter, dans ces endroits.

—De... quoi?... demande Cristobal, avec ces mêmes yeux ronds.

—De briffer, si vous aimez mieux. Comprenez donc rien, aujourd'hui?

Par lassitude on tombe d'accord d'aller au Quartier Latin. Le hasard, peut-être, assemble dans le fiacre de queue San Buscar, Lord et Sylvère, déjà tristes tous trois, ah! si tristes, de leur petite fête. Sylvère lutte encore contre sa jalousie, mais d'un coeur moins vaillant. Elle songe à l'autre fiacre, à ce qu'on y peut faire: des images dégoûtantes et précises lui naissent; un genou découvert, une main qui rampe...

Mais on s'arrête devant une taverne éclatante. On descend de fiacre; des camelots crient, une fille en rouge tire la langue à Lord; et l'on sombre dans un sous-sol, parmi le cri et la fumée d'une jeunesse mal vêtue: pharmaciens de l'avenir, Panamistes futurs, nègres; et leurs compagnes, d'une allure giratoire, promènent alentour des toilettes, des joues aux couleurs vives.

—C'est le printemps de la nation, explique Mariolles.

Près du billard un jeune homme est étendu dans la sciure de bois qui saupoudre le carreau. Il vient de passer d'une attaque d'alcoolisme à une espèce de catalepsie; et un de ses camarades, pour le faire revenir, lui frappe la figure d'une serviette mouillée, en bégayant de fortes injures, tandis qu'un troisième, tout jeune, est assis, le menton dans sa main, et déclare de temps en temps d'une voix défiante:

—Moi, j'abhorre le sophisme.

Comme ce sont là toutes les joies du cru, la petite bande s'en va, après avoir bu du grog américain qui se trouve excellent. Dehors, on retombe aux hésitations. On irait bien au bal Bullier; mais justement ce n'est pas le jour; en sorte que, suivis des fiacres, il descendent tristement le Boul'Mich' des légendes. Seul, Lord ayant atteint sans doute les bornes de sa mélancolie, saute à la joie, et déclare, sans bien dire de quoi il s'agit, que c'est la chose la plus «funny» qu'il ait jamais vue.

—On est tout près de la rue de la Harpe, dit Mariolles. Il y avait là autrefois un certain père Chocolat. Malheureusement...