Sylvère tourna vite le dos, tandis que Cristobal regardait l'étranger avec stupéfaction:

—Mais il y a erreur, dit-il enfin. Et ce n'est pas ici, c'est au 49 qu'il faut aller.

Après excuses au gros homme, qui referma la porte non sans violence, on repartit pour le 49, et il n'y eut pas de surprise cette fois, ce fut bien Mariolles qui vint ouvrir. S'il y apporta quelque retard, c'est peut-être qu'il n'était pas tout d'abord en état de paraître: non pas qu'il le fût beaucoup encore, tout son vêtement n'étant qu'un pantalon et une chemise. Derrière lui on aperçut une chambre en désordre, du linge épars, les fleurs d'une capeline suspendues à la pendule, et, dans un lit d'acajou, un pâle visage dont les yeux se promenaient avec inquiétude sur les nouveaux venus.

Déjà le commissaire procédait aux vérifications d'identité (comme on dit). De Mariolles il passa galamment à sa complice.

—Et la belle dame qui est couchée là, fit-il. latens deitas, si j'ose m'exprimer ainsi, c'est bien Mme la comtesse de San Buscar?

Imogène ne répondit pas.

—Oui, c'est elle, cria San Buscar, c'est ma femme, c'est oune...

—San Buscar, pas de violence ici, intervint Mariolles. Vous savez, d'ailleurs, que je suis à vos ordres.

—Il ne manquerait que non. Demain même, le matin, mes amis, ils iront vous voir.

Cependant Sylvère s'était rapprochée d'Imogène. Et de la voir dans ce lit qu'elle venait de partager avec Mariolles, la jalousie et l'indignation faisaient briller ses yeux.