—Ah! voilà. C'est que j'avais été assez poireaute, au début, pour lui dire que je les aimais: vous savez, comme on dit dans les romans. Évidemment, je les aime, de loin, sur les éventaires: ça fait des jolies taches, demi-deuil. A part ça, j'aime mieux deux louis de lilas... Ah! que je voudrais sentir les lilas, à la campagne. Ce printemps, qu'il faisait tiède, et que j'ai passé avec vous, en Victoria, par la rue du Petit-Musc: il y en avait en haut d'une muraille, vous rappelez-vous?

—Comme je vous vols.

—Mais Dieudonné, depuis que j'ai dit ça, tout le temps il m'en apporte, des bouquets de deux sous. Si nous sortons ensemble et qu'il aperçoive un marchand, de loin il prépare ses deux sous. Et si le marchand n'a pas de violettes à deux sous, mon cher, il n'en prend pas. «Non, non, dit-il: quatre sous c'est trop cher.» Et il faut voir son air mutin!

—Espoirs charmants.

—Ça n'est pas qu'il soit avare, au moins. Un peu regardant, tout au plus, et plutôt par éducation. J'ai idée que son père n'a jamais été duc.

—C'est un mot.....?

—Non, et ses billets de banque, il les met dans la doublure de son gilet. Même qu'il voulait me faire voir. Mais comme je n'ai pas l'intention de l'entauler avant les noces... Du reste, il est en train de m'acheter une maison, boulevard Raspail, un immeuble de rapport, pour que je n'entre pas en ménage les mains vides. «Il ne tient qu'à vous-même, comme je lui en ai fait la remarque, d'y mettre quelque chose.»

—Et quoi qu'il a répondu, l'homme du Nord?

—«Ce que j'aime, il a soupiré, c'est votre simplicité.»—«Et moi aussi, c'est ce que je préfère en vous», je lui ai dit.

—Avec ta bouche.