—Vous avez eu plus de satisfaction avec la cadette.
—Vous savez, elle est bonne pour moi. Elle est reconnaissante de ce que j'ai fait autrefois, avec si peu de moyens, pour l'élever. Et si vous saviez ce que ça coûte, les filles!
—A qui le dites-vous...
—Enfin, comme me disait le vicaire de Saint-Martial (c'est ma paroisse), tout le monde ne peut pas suivre la même voie. Mais ce qui me crispe, c'est les airs que se donnent les autres avec Anaïs. Sa soeur ne vient la voir qu'en cachette de son mari: avec ça que... Et lui, quand il en parle, c'est toujours un tas d'arias, et des airs de mépris bien ridicules. Je vous assure que ça n'est pas lui qui en boirait, du cognac du baron..... quoiqu'il aime le schnick.
—Vraiment. Il ne sait pas ce qu'il se refuse. Moi, je m'en verse un autre verre. Le soir peu à peu envahit la pièce. Déjà je ne distingue plus, sous le globe, Xénophon, qui est peut-être Aristarque ou Thalès de Milet. Enfin j'entends dans le silence les pas de Nane sur l'escalier.
—Au moins, madame, dis-je, elle ne fera rien qui puisse payer l'excellente éducation que vous lui avez donnée. Et si complète! Quoique, sur quelques points, elle l'a peut-être parachevée d'elle-même.
La porte s'ouvre, et Nane peut entendre la réponse:
—Moi, monsieur, j'ai cherché surtout à en faire une bonne chrétienne. Avec de la religion, on peut se tirer de peine partout.