—Voilà, dit le philosophe, quelqu'un qui va nous dire ce que fera Nane une fois vieille.

Les deux femmes sont sur le sofa, et Noctiluce, en fixant sur sa compagne des yeux lourds de passé:

—Je sais, dit-elle, moi, ce qu'elle fera avant même d'être vieille. Parce qu'elle aura aimé, quoique on lui ait dit, ce qu'il ne faut pas aimer, nous nous vengerons; elle deviendra folle. Alors elle ira de long en large dans sa cage, ridée et nue, en poussant des cris. Ou bien elle se tiendra accroupie, à manger de la terre.

Nane est devenue toute blanche; alors Noctiluce se penche plus près d'elle encore, et lui parle bas.

II

«Sathan propior nobis est quam ullus credere
possit. Hæc non sunt vana et inania terriculamenta.»

(M. LUTHER. Colloquia. t. I, page 240,
édition Bindseil.
)

Le diable est plus notre voisin qu'on ne saurait
croire: ce n'est pas un vide et vain épouvantail.

Nane est à son miroir, de nouveau. Mais elle n'y jette, dirait-on, que des regards languissants et sans fierté, comme si elle était moins orgueilleuse aujourd'hui que lasse de cette image, et d'elle-même. Comme elle s'est, entre tant, brouillée de nouveau avec sa manucure, elle fait ses ongles toute seule; et il est manifeste qu'elle y est distraite: celui de l'annulaire gauche a été sur les côtés limé trop près de la chair, et elle oublie à plusieurs reprises de mettre du corail sur le chamois.

Voilà trois semaines que je ne l'ai vue, ayant été appelé en province et en famille par un de ces partages à l'amiable qui ne laissent pas de rappeler à l'occasion quelque conciliabule de gentilshommes, après détroussement de diligence.

—Qu'avez-vous fait de bon, Nane, ces temps-ci?

—Je n'ai rien fait, dit-elle; rien fait de bon.