Et Nane se débat contre les longs serpents de pâte. Elle me rappelle Laocoon, en petit. Mais comme elle a taché, décidément, sa veste fauve:
—C'est sale, dit-elle, l'Italie.
La nuit passe. Changement de train, dès l'aube; et, à Meste, je vois sans plaisir monter auprès de nous une ancienne connaissance d'Aix. Je ne me trompe point: ce cirage en moustaches, ces yeux qui semblent nager dans l'huile comme des cèpes de conserve, ces mains adipeuses, nul doute. Lui, manifeste une joie haute. Qu'est-ce qui m'amène à Venise? Et il coule ses yeux gras vers mon amie, jusqu'à présentation:
—Le marquis Gondolphe. Mme Hannaïs Dunois.
Nane est ravie. D'abord elle n'a vu que moi depuis un tas d'heures, ce qui est tout près de m'avoir assez vu, et puis je soupçonne cette jeune républicaine de nourrir pour la feuille d'ache une passion honteuse.
Et enfin, voici Venise. Sous le soleil qui monte, elle est grise et rose, comme un flamant.
On m'avait dit: «N'allez pas à l'hôtel. Le service est inimaginable. Et puis il n'y descend que des voyageurs en vins d'Asti, «d'Asti spumante». Ou bien des photographes d'art.»
Et on m'avait dit: «Surtout, ne louez pas. Vous vivriez entre les cancrelas et les gouttières. Et même, depuis quelques années, il y revient. C'est ainsi qu'un Anglais a été trouvé mort, l'autre jour, on ne sait de quoi, et son chien aussi, sous son lit.»
—Qu'en pensez-vous, Nane?
—Ça m'est égal, dit-elle; pourvu que ce soit une maison neuve.