—Enfin, il a envie de venir avec moi. Il est très malade, phtisique au dernier point, et c'est une charité de le prendre; il a été si bon pour ma pauvre soeur, avant qu'elle ne fût mariée. En tout cas j'aime autant qu'il vienne, à cause des Hauts Fourneaux. Ce n'est pas toi, hein? qui pourrait servir de chaperon.
Jacques, flatté, eut un sourire:
—Enfin, qui est-ce, ton phtisique?
—C'est un ponte très chic: le vicomte d'Elche. Je crois qu'il est à moitié Espagnol, ou Autrichien.
—Comme tout le monde.
* * * * *
Quelques jours après, joyeux d'avoir fui les brumes de décembre parisien, Jacques débarqua sur les quais d'Alger par un temps de paradis. Au-dessus de lui il pouvait voir le boulevard de la République éclater de lumière, sous l'azur tendre; et plus bas, à droite, les pêcheries grouillantes, ou bien la Marine dont les eaux clapotaient dans une ombre verte et noire.
Ayant envoyé, provisoirement, pensait-il, son bagage à l'hôtel, il prit une voiture découverte et se fit conduire à Mustapha-Supérieur, villa Beau-Regard, où demeurait Nane.
Elle sourit tendrement à le revoir, et, une fois de plus, le jeune homme ressentit l'attrait de ses lèvres lentes et de ses indolentes mains. Mais dès qu'il voulut parler de s'installer à la villa:
—Ça n'est guère possible, objecta Nane. D'abord, il y a d'Elche, déjà.