—Encore s'y restaient autour. Mais sérieusement, j'ai tout ce qu'y faut de bêtes pour qu'on me couche. Alors, si ça vous chante de rentrer seul, ou avec Nane, vous gênez pas. Justement, je viens de la voir monter avec ce nabot à barbe jaune, qui vous remplace, ce soir.
—Ah! ils sont sur la galerie?
—Je crois qu'ils se choisissent un tzigane. A moins qu'ils ne soient dans le petit lavabo. Au revoir, alors, mon vieux.
Et elle disparaît, incrustée entre deux habits noirs.
Le bal est maintenant un peu plus calme; des gens sont partis; des couples causent de tout près dans les coins; et les tziganes jouent en sourdine une chose langoureuse, qui m'entre sous les ongles. Cela me rappelle une heure d'été passée à Armenonville. Il avait plu toute la journée sur la terre chaude; les branches s'égouttaient avec lenteur. Mille feuillages semblaient nous défendre du monde haïssable qui s'agite; on apercevait seulement en haut d'une haie le fouet des voitures allant et venant. Et un grand diable de Magyar qui était avec nous ayant conté aux musiciens des choses en leur langue, ils jouèrent cette valse qu'ils jouaient ce soir, voluptueuse.
Je cherchai Nane, je ne l'aperçus nulle part, et je m'imaginai seulement saisir sur un visage quelconque le sourire dont on enveloppe les amants malheureux: «Elle est dans le petit lavabo, pensai-je; dans le petit lavabo.» Je montai.
Je poussai la porte. Il y eut un petit cri: «N'entrez pas», d'une voix bien connue, et j'aperçus sur le sofa banal Nane et le d'Elche qui se dégageaient maladroitement.
—Oh pardon, je me suis trompé de vitre, dis-je; et je redescendis du plus grand calme.
Mais non pas tel, sans doute, qu'il ne m'en montât à la tête quelque méchante humeur, car, aussitôt rentré, je pris le lit avec un joli mal de gorge, orné de fièvre, qui ne dura guère que trois jours.
—On dirait un coup de sang, me dit le docteur: est-ce que vous auriez eu quelque contrariété?