Il m'arriva de me heurter encore à lui; et c'est encore un bal qui fut cause de cette malencontre.
Il est onze heures du soir; et voici que, sur l'escalier du Nouveau Mabille, des masques équivoques apparaissent. Rares d'abord, par deux, par trois, ils descendent d'un pas hésitant, gênés par leurs talons trop hauts. La foule, ironique et sans colère, s'ouvre devant eux; mais ils ne s'y confondent pas.
En voici d'autres plus nombreux, d'autres encore. Des clameurs amicales maintenant les accueillent, des serrements de mains, de petits cris. Le troupeau commence à se sentir maître du parc, et les danseuses peu à peu cèdent le champ.
Nane, qui a voulu venir là, est assise à une balustrade, et regarde. Elle est en pleine toilette, toute noir-vêtue de dentelle, et fort décolletée.
—Comme il y en a, dit-elle. De quoi vivent-ils?
Aucun économiste n'étant parmi nous, cette question demeure sans réponse.
—Voyez, reprend-elle, leurs escarpins. Des godillots de soirée, quoi. (Seigneur, que ce Champagne est mauvais!) Mais pourquoi ont-ils la toilette roulée sous le nez?...
Et toujours de nouveaux masques arrivent, les derniers plus luxueux. A quelques-uns, plus illustres, on fait une entrée: «Vive la Chatte blanche!—Ah! le Fils-à-Papa!—Bravo, Otérotte! etc.» Cependant des habits noirs, à «tête» impénétrable, se glissent dans la foule, interrogent leur proie d'un oeil invisible, l'évaluent. D'où sortent-ils, ceux-là, dont le linge est souple, le frac seyant. Il semble qu'on les ait rencontrés déjà sur des parquets mieux cirés; on a peur d'en reconnaître.
Mais un cri général éclate:
—Valenciennes, Valenciennes!