—Moi, je la trouve très gentille. Voyez, elle s'est reprise pour ajouter un H à Hanaïs.
Mais Nane rit, avec cette voix sifflante et cette bouche de reptile qu'elle a contre les gens qu'elle hait. Joli reptile, au demeurant. Et l'ami songe que si le comte Julien de la légende mourut pour avoir couché avec des serpents, c'est qu'ils étaient trop. Un seul, il l'a su naguère, cela n'est pas sans douceur. Il rêve à la Nane des jours passés, aux noeuds de sa fougue lascive, à sa gorge blanche, à ses blanches jambes—aux neiges d'antan.
Qu'elle est loin, aujourd'hui—et si près, dressée, comme un bel écran, devant le grand feu du cabinet de toilette. A travers le linon et la mousseuse mousseline, les courbes de sa chair sont trahies et dorées par la flamme:
—Vous êtes jolie, comme ça, Nane: on dirait une pêche Bourdaloue.
—Oui, il faut bien se mettre en frais pour sa famille. Vous permettez que je continue. Avec vous, je ne me gêne pas.
—Hélas!
—Et puis, je voudrais lui faire comprendre, à cet homme de science appliquée, qu'il y a d'autres femmes que son épouse—pas pareilles. Oh! en tout bien, tout honneur, vous savez.
—Et quand même, Nane! Ça ne sortirait pas de la famille. Mais lui donne-t-on un bon dîner, au moins?
—Il y a des machines avec du poivre frais; d'autres, au safran...
—Vous croyez encore aux épices.