—Je ne sais pas ce que j'ai; cette lumière me fatigue, dit Nane, qui commençait à avoir envie de rire, et, chose horrible, à avoir envie tout court: cet homme ivre avait sa beauté. Et, lui ayant lancé un dernier trait de ses regards, dont il resta comme physiquement frappé pendant une minute, elle rabattit sur ses prunelles d'aventurine ses paupières brunies. Mais l'homme, ayant tourné deux boutons, qui laissèrent la salle dans le demi-jour, reprit sa place un peu plus près, en disant:
—Vous voyez, ça me connaît. Tandis que le pétrole...
Evenor adhérait de plus en plus. Il sentait, à portée de sa main, palpiter la gorge de Nane, comme un oiseau qui a peur, qui sait qu'on va le prendre. Il le prit (c'était sa manière) et la conversation tourna.
* * * * *
—... Tiens, vous n'avez donc pas de jarretières.
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—Non... pas ici... dans mon lit.
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—Il faudra emporter la fine.
Le lendemain matin, vers dix heures, et après une solitaire nuit de larmes, Mme Lemploy, qui était venue deux fois déjà, sans succès, quérir des nouvelles de son mari, fut introduite auprès de sa soeur. Nane, qui était dans sa chambre à coucher, habillée déjà, achevait de mettre son chapeau. Par terre il y avait des vêtements d'homme, des choses à carreaux, une loque rouge. Au fond du grand lit, son bras étendu sur la couverture, Evenor dormait la bouche ouverte; et, dans sa main, il y avait des papiers bleus.