—On ne comprend pas ça quand on n'a pas de famille.

Un nuage passa sur la figure du garde:

—C'est vrai, murmura-t-il tristement. Vous avez raison. Je n'en ai pas, moi, de famille!

Son interlocuteur lui tendit la main:

—Pardonnez-moi si je vous ai causé de la peine... C'est bien sans intention... Mais, après tout, il y a beaucoup de votre faute...

—Comment?...

—Que vous manque-t-il pour animer votre intérieur? Une compagne et des marmots? Est-ce donc si malaisé de se les procurer? Mariez-vous. Vous n'en amènerez pas la mode. Et puis, vous êtes d'âge, que diable!...

—Trop, par malheur; quand on a enjambé la quarantaine...

—Bah! c'est dans les vieilles marmites que se cuisent les meilleurs ragoûts. Vous n'êtes plus un freluquet, c'est entendu; mais vous avez bon pied et bon appétit, comme moi. Or, croyez-vous que mes cinquante ans bien sonnés m'empêchent de danser le rigodon, à votre noce, avec une jolie poulette, et de chanter la mère Godichon au repas de baptême de votre premier-né?...

Jacques Périn secoua la tête.