—Par exemple!... Déflorer mes journaux!... Petite peste! carogne! pécore! comme on jure au Théâtre-Français dans l'ancien répertoire.
Sans s'émouvoir outre mesure de cette bordée d'injures classiques, mademoiselle Eusébie,—Zébie, dans l'intimité,—la bonne pour tout faire des époux Bouginier,—entra d'un pas délibéré dans le cabinet de son maître qui était une pièce assez grande, mais basse d'étage, et dont les murailles, du plancher au plafond, étaient tapissées de cartons.
La «petite peste» était une Normande douée d'une fraîcheur et d'un embonpoint remarquables.
Elle portait la robe de toile et le tablier blanc des caméristes parisiennes; mais chacun de ses pendants d'oreilles pesait trois louis au bas mot.
Me Bouginier était déjà assis devant son bureau, en coin de feu de flanelle à carreaux écossais, en pantalon à pied de molleton, en pantoufles brodées et en calotte grecque.
C'était un travailleur matinal.
Quand on fut toujours vertueux, on aime à voir lever l'aurore.
La bonne déposa devant lui un plateau sur lequel il y avait toute sorte de choses: un couvert, une serviette, des rondelles de beurre nageant dans l'eau d'un compotier, des radis roses dans un ravier, une énorme tasse de porcelaine et toute une boulangerie de petits pains: flûtes, croissants, viennois aux anis, anglais aux raisins, etc., etc., etc.
Ensuite elle se mit en devoir de verser «la liqueur tirée de la fève du cacao», laquelle fumait à gros bouillons et embaumait la vanille.
Notre Normande elle-même avait les joues écarlates et répandait une suave odeur de cassis.