—Bah!...

—Lorsqu'ils se sont croisés avec les miens, tout à l'heure, il m'a semblé que ce n'était pas la première fois qu'ils me heurtaient. J'ai éprouvé la sensation de l'homme qui, sur le terrain, reconnaît, en tâtant le fer, que le jeu de son adversaire n'est pas pour lui chose nouvelle. Assurément je me suis déjà mesuré avec ce voyageur, avec cet étranger. Maintenant, où, quand et dans quelles circonstances? C'est ce que je cherche à me rappeler...

Fil-en-Quatre se gratta l'appendice nasal:

—Pour lors, ce goddam prétendu serait un de nos anciens clients... Ça se pourrait bien tout de même... Dans la partie, on a affaire à tant de monde...

—J'en jurerais, et il me suffirait de deux ou trois minutes d'un examen plus attentif pour fixer les souvenirs qui flottent dans mon esprit...

Ce disant, le garde chasse avait fait un mouvement pour rentrer dans la taverne...

Puis, se ravisant brusquement:

—Ah çà! s'écria-t-il, que m'importe, après tout, et de quoi vais-je m'occuper?... J'oublie que je ne suis plus de la partie, et que les braconniers, les maraudeurs, les vagabonds qui exploitent les bois de mon maître sont désormais les seuls clients auxquels je doive m'intéresser... Au diable cette stupide manie de toujours vouloir lire dans le passé et sous la frimousse des autres!...

Il jeta son fusil sur son épaule:

—Et l'heure qui me talonne!... Et le train qui va me brûler la politesse!... Et Florette qui serait en peine!...