III
RÉSURRECTION DE QUELQUES PERSONNAGES CONNUS

Ce jour-là, mademoiselle Fine-Lame s'en était allée, sur la vesprée, au-devant de l'ami Jacques, parti depuis le matin pour inspecter—vers le château de la Muette—une des chasses appartenant à M. de Saint-Pons.

Au tournant d'un sentier, dans l'épaisseur de la forêt, elle tomba au milieu d'une «partie carrée» de Parisiens.

Ce n'était point l'élite de la société.

Les deux hommes, avec leurs accroche-cœur pommadés sur les tempes, leur casquette croulant sur la nuque, leur blouse vierge de tous stigmates du travail et leur pantalon de nuance bachique évasé sur des souliers vernis, devaient troubler—malséantes images—les rêves des prêtresses de Vénus commode, à la barrière et sur les boulevards extérieurs.

C'était évidemment à cette catégorie de «cocottes» dans les prix doux qu'appartenaient leurs deux compagnes.

Celle-ci, trapue, mafflue, rougeaude, avec un de ces nez dans lesquels il pleut, des yeux percés en trous de vrille, un chignon à la diable, des bras trop courts, des jambes comme des piliers de cathédrale, des mains comme des battoirs, un estomac à trois étages et des pieds d'hippopotame, répondait au surnom coquet de la Poulaille.

Le Rouquin lui tenait au cœur.

Celle-là, fine du haut, mince du bas, dégagée de partout,—le profil coupant, les lèvres pincées, le menton en galoche, les cheveux couleur d'acajou, la peau fouettée de taches de son,—affectait des mines penchées et mélancoliques de saule-pleureur et avait fait de fortes études littéraires dans les romans de Montépin, de Richebourg et de feu Gaboriau.

Le Bijou-des-Dames, son suzerain, l'employait dans des opérations délicates.