Cette foule avait fourmillé toute la journée au milieu de ces rues de toiles et de planches, ivre de bruit, de mouvement et de plaisir. Maintenant, la nuit tombait. Les groupes s'agrégeaient, s'épaississaient, formaient gâteau. Echoppes et spectacles s'illuminaient. Les clameurs se croisaient avec une violence inouïe. Les tambours roulaient, les grosses caisses tonnaient, les castagnettes claquaient, les clarinettes gloussaient, les ophicléides mugissaient, les porte-voix beuglaient, les gongs tintaient, les machines à vapeur sifflaient!...
L'annonce, l'invite, le pallas, pour parler comme on parle en foire, sévissaient, hennissaient, glapissaient, rugissaient:
—Prenez, prenez, prenez vos billets!...
—On entre!... On commence!... On lève le rideau!...
—La représentation du soir, dédiée aux familles!...
—C'est l'instant où les animaux vont dévorer leur nourriture!...
—Au manège!... On n'attend pas!... Il n'y a plus que six places; mais ce sont les meilleures!
Au milieu de ce tumulte, Sergine se pencha vers son cavalier:
—Vous ne dites plus rien... Vous êtes tout chose... Savez-vous de quoi vous avez l'air?
Un nuage de vague inquiétude assombrit le front du jeune homme.