Il tira sa révérence au public et déclama d'un ton goguenard:

—A toi, à moi la paille de fer! Voilà les outils. Qui en veut? Qui brûle de pousser sa pointe avec ce phénomène vivant? Allons, messieurs les militaires, ne parlez pas tous à la fois!

Nous avons indiqué que, parmi «messieurs les militaires», il y avait deux cavaliers de l'un des régiments de chasseurs en garnison à Saint-Germain.

Entrés des premiers, derrière Sergine et Marignan, ils se trouvaient—naturellement—au premier rang à côté de l'actrice et de son compagnon.

C'étaient deux simples soldats: l'un, déjà vieux; l'autre, encore tout blanc-bec.

Celui-ci faisait évidemment son apprentissage du métier.

Celui-là avait sur sa manche les trois chevrons qui constituent une quinzaine d'années de service.

Le conscrit appartenait, sans aucun doute, à la classe de ces fils de famille qui ont fourni à feu Bayard le sujet d'une si amusante comédie.

On le reconnaissait à la délicatesse de ses extrémités et à l'élégance de sa tenue, dans certaines parties de laquelle la fantaisie, en dépit du règlement, se substituait à l'ordonnance: à la coupe de son dolman et de son pantalon, à la finesse de ses gants et de ses bottes, au col de chemise qui émergeait de sa cravate d'uniforme, ainsi qu'au mouchoir de batiste dont le coin sortait de sa poche, brodé d'un chiffre et d'armoiries.

Ce n'était pourtant pas un de ces gommeux de l'armée qui apportent sous les drapeaux, dans leur année de volontariat, l'air ennuyé, outrecuidant, abêti ou poseur qu'ils ont traîné dans tous les cabarets du boulevard.